KALEMIE, 20 août 2026 — La province du Tanganyika vient de franchir une nouvelle étape dans ses efforts de lutte contre la poliomyélite et les maladies évitables par la vaccination. Le ministre provincial de la Santé, Dr Benoît Muhiya, a officiellement lancé ce jeudi un projet consacré à la lutte contre la poliomyélite et à la professionnalisation des agents de santé communautaire dans les 11 zones de santé de la province.
Prévu pour une durée de six mois, le projet est financé par l'UNICEF, avec l'appui du Gouvernement des États-Unis d'Amérique, et mis en œuvre par VillageReach.
L'initiative entend agir sur plusieurs maillons du système de vaccination : vaccination de routine, surveillance épidémiologique, identification des enfants zéro dose ou insuffisamment vaccinés, disponibilité des vaccins, chaîne du froid, qualité des données et mobilisation des communautés.
Environ 800 000 enfants devraient être concernés par les activités de vaccination menées dans le cadre de la lutte contre la poliomyélite.
Retrouver les enfants qui échappent encore à la vaccination
Lors du lancement, le Chef de Bureau de l'UNICEF Kalemie, Benoît Daoundo, a expliqué que l'intervention vise notamment à renforcer la vaccination de routine et la surveillance épidémiologique.
Une attention particulière sera accordée aux enfants zéro dose et sous-vaccinés. Les premiers sont ceux qui n'ont pas reçu certaines vaccinations essentielles prévues dans les programmes de vaccination, tandis que les seconds n'ont pas bénéficié de l'ensemble des doses nécessaires.
Identifier ces enfants représente un défi important, particulièrement dans les communautés éloignées, les zones où les déplacements sont difficiles ou les ménages qui restent insuffisamment couverts par les services de santé.
Le projet prévoit donc de renforcer la mobilisation communautaire afin de rapprocher davantage la vaccination des familles.
La lutte contre la polio ne se limite pas aux campagnes de vaccination
Si la vaccination reste au cœur de la stratégie, la lutte contre la poliomyélite nécessite également un système capable de détecter rapidement les situations suspectes et d'intervenir.
C'est pourquoi la surveillance épidémiologique figure parmi les principaux axes annoncés.
Le projet devra également travailler sur la disponibilité des vaccins et des intrants ainsi que sur la chaîne du froid, indispensable à leur conservation dans les conditions requises jusqu'à leur utilisation.
Dans une province vaste comme le Tanganyika, où certaines communautés sont éloignées des principaux centres urbains, la logistique constitue un élément déterminant de toute stratégie vaccinale.
Un vaccin disponible au niveau central mais qui ne parvient pas jusqu'à l'enfant au moment nécessaire ne permet pas d'atteindre l'objectif recherché.
Professionnaliser les relais communautaires
L'une des particularités du projet réside dans la place accordée aux agents et relais communautaires.
Des milliers de relais devraient bénéficier de formations, tandis que des prestataires de santé verront également leurs capacités renforcées dans plusieurs domaines liés à la vaccination.
Dans les communautés, ces acteurs constituent souvent un lien essentiel entre les structures sanitaires et les ménages. Ils peuvent contribuer à identifier les enfants qui n'ont pas été vaccinés, sensibiliser les parents, signaler certaines situations sanitaires et orienter les familles vers les services appropriés.
Leur professionnalisation peut donc contribuer à améliorer la qualité de leurs interventions et à renforcer la continuité des activités au niveau communautaire.
VillageReach insiste sur les défis persistants
Intervenant à l'occasion du lancement, Patou Musumari, Directeur des programmes de VillageReach, a rappelé les défis auxquels le Tanganyika reste confronté concernant les maladies évitables par la vaccination.
Il a particulièrement insisté sur la nécessité d'identifier et de rattraper les enfants non vaccinés ou insuffisamment vaccinés.
L'intervention de VillageReach devrait également porter sur la qualité des données, la surveillance communautaire et la mobilisation sociale.
La fiabilité des données constitue un élément important : elle permet notamment aux équipes sanitaires de savoir quelles communautés ont été couvertes, où se trouvent les enfants qui n'ont pas reçu certaines doses et quelles zones nécessitent des interventions supplémentaires.
Un projet qui couvrira les 11 zones de santé
La couverture annoncée à l'échelle des 11 zones de santé du Tanganyika donne au projet une dimension provinciale.
Le défi consistera cependant à adapter les interventions aux réalités de chaque zone. Les difficultés d'accès, la disponibilité des structures sanitaires, la mobilité des populations et les réalités communautaires peuvent varier considérablement d'un milieu à l'autre.
La réussite de l'opération dépendra donc en partie de la capacité des équipes à identifier les endroits où les enfants échappent encore à la vaccination et à y apporter des réponses adaptées.
Six mois pour produire des résultats mesurables
Pour Marthe Dumbo, Point focal Santé à l'UNICEF Kalemie, la bonne mise en œuvre de cette initiative constitue un enjeu important pour améliorer durablement la situation vaccinale des enfants dans la province.
La durée de six mois place également les différents partenaires devant une exigence de résultats.
Au-delà du nombre de formations organisées ou de personnes mobilisées, l'impact pourra notamment être apprécié à travers le nombre d'enfants effectivement atteints, la réduction du nombre d'enfants zéro dose, l'amélioration de la disponibilité des vaccins et la capacité du système communautaire à détecter et signaler rapidement les situations préoccupantes.
L'objectif annoncé d'environ 800 000 enfants donne ainsi une indication de l'ampleur de l'intervention, mais la qualité de la couverture sera tout aussi importante que le nombre de bénéficiaires.
Une responsabilité partagée
Les différents intervenants ont appelé à une collaboration étroite entre les autorités sanitaires, l'UNICEF, VillageReach, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), les équipes cadres des zones de santé, les communautés et les autres partenaires.
Cette coordination apparaît essentielle. La vaccination ne dépend pas uniquement de la disponibilité des doses : elle nécessite des professionnels formés, une logistique fonctionnelle, des données fiables et surtout l'adhésion des familles.
Les parents et responsables d'enfants auront donc également un rôle déterminant en répondant aux campagnes et en respectant le calendrier de vaccination recommandé par les services sanitaires.
Le défi : atteindre chaque enfant
Le lancement du projet constitue une étape importante, mais son véritable test se déroulera désormais dans les communautés.
Dans les prochains mois, les équipes devront parvenir à transformer les moyens mobilisés en vaccinations effectives, en amélioration de la surveillance et en renforcement durable du réseau communautaire.
Pour le Tanganyika, l'enjeu dépasse la seule poliomyélite. Renforcer la vaccination de routine et les capacités des acteurs communautaires peut également améliorer la prévention d'autres maladies évitables par la vaccination et consolider le système sanitaire de proximité.
À l'issue des six mois annoncés, l'un des principaux indicateurs sera donc la capacité du programme à avoir atteint les enfants qui, jusqu'ici, restaient en marge des services de vaccination.
Car derrière l'objectif de centaines de milliers d'enfants se trouve finalement un principe simple : aucun enfant ne devrait rester sans protection uniquement en raison de son lieu de résidence, de l'éloignement de sa communauté ou des difficultés d'accès aux services de santé.
✍️ La Rédaction | TRACE Kalemie












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