GRAND DOSSIER | KALEMIE — Chaque semaine, des habitants participent aux opérations communautaires de nettoyage. Des caniveaux sont curés, des avenues balayées et des déchets rassemblés. Pourtant, la question de l'assainissement continue de se poser dans plusieurs secteurs de Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika. Le problème ne se limite pas à la présence d'ordures dans les rues. Il touche également l'évacuation des eaux pluviales, la gestion des eaux usées domestiques, l'organisation de la collecte, l'entretien des infrastructures et la protection des milieux naturels. En réalité, derrière les déchets visibles se trouve une interrogation beaucoup plus importante : Kalemie dispose-t-elle d'un système d'assainissement suffisamment organisé pour répondre aux besoins de son développement urbain ? Cette question mérite d'autant plus d'attention que la ville poursuit ses ambitions de modernisation, notamment à travers les projets routiers et les investissements dans les infrastructures. Kalemie occupe une position particulière dans l'économie du Tanganyika. Ville portuaire, centre administratif et commercial, elle concentre des activités qui produisent quotidiennement des déchets solides et liquides. Habitations, marchés, restaurants, ateliers, commerces, établissements scolaires et structures sanitaires génèrent différentes catégories de déchets. À mesure que les quartiers se développent et que les activités économiques augmentent, les besoins en collecte, transport, traitement et évacuation deviennent plus importants. Une ville peut construire de nouvelles routes et accueillir de nouveaux bâtiments sans pour autant disposer d'un système d'assainissement adapté à cette évolution. C'est précisément le risque auquel toute ville en expansion doit faire face. La modernisation urbaine ne peut pas être mesurée uniquement à la qualité des chaussées ou à l'apparence des bâtiments. Elle dépend également de ce qui permet à la ville de rester propre, fonctionnelle et saine. Les caniveaux jouent un rôle essentiel dans l'évacuation des eaux de pluie. Lorsqu'ils sont correctement dimensionnés, entretenus et reliés à des exutoires adaptés, ils contribuent à limiter l'accumulation des eaux sur les chaussées et dans les habitations. Mais leur fonctionnement peut être perturbé par plusieurs facteurs. Le premier est l'accumulation des déchets : sachets, bouteilles, emballages, sable et autres matériaux réduisent progressivement l'espace disponible pour l'écoulement de l'eau. Le deuxième concerne l'entretien. Un caniveau construit mais rarement curé peut perdre une partie importante de son efficacité. Le troisième relève de la conception du réseau. Un ouvrage isolé, mal raccordé ou dépourvu d'exutoire fonctionnel peut déplacer le problème vers une autre avenue plutôt que le résoudre. Enfin, l'urbanisation elle-même modifie les écoulements naturels, notamment lorsque de nouvelles constructions occupent des passages autrefois empruntés par les eaux de ruissellement. À Kalemie, la question du drainage doit donc être examinée à l'échelle des quartiers et des bassins de ruissellement, plutôt que caniveau par caniveau. C'est l'une des questions centrales de ce dossier. Le nettoyage communautaire permet de retirer temporairement les déchets des rues et des ouvrages de drainage. Mais que deviennent ces déchets après leur ramassage ? S'ils restent déposés au bord de la chaussée, une pluie peut les entraîner de nouveau vers les caniveaux. Un reportage publié en novembre 2025 par Apalisinfo évoquait précisément cette difficulté. Nonda Kahite, présenté comme coordonnateur urbain de l'environnement et de l'assainissement, y soulignait la nécessité pour l'État d'organiser l'évacuation des immondices vers des décharges publiques. Cette observation met en évidence une distinction essentielle : ramasser les déchets ne signifie pas nécessairement les éliminer. Un dispositif complet suppose plusieurs opérations successives : collecte, regroupement, transport, tri lorsque cela est possible, traitement et élimination dans des conditions adaptées. Si l'une de ces étapes manque, les résultats du nettoyage risquent de rester temporaires. Les travaux communautaires d'assainissement, connus sous le nom de Salongo, occupent une place importante dans les initiatives de salubrité à Kalemie. En mai 2025, dans un contexte de recrudescence du choléra, le maire David Mukeba Mbombo avait annoncé une mobilisation hebdomadaire des habitants, des bourgmestres et des chefs de quartiers autour des activités de nettoyage. Selon les informations rapportées à l'époque par Radio Okapi, la mairie avait également fourni du matériel à une brigade d'assainissement. Cette démarche répond à un besoin réel : une ville ne peut pas être entretenue sans la participation de ses habitants. Mais la mobilisation citoyenne ne remplace pas les services techniques permanents. Le Salongo peut contribuer au balayage, au désherbage et au curage de certains ouvrages. Il ne peut cependant pas, à lui seul, financer les camions de collecte, aménager des installations de traitement, construire des réseaux de drainage ou assurer la gestion des eaux usées. La responsabilité doit donc être partagée, sans être confondue. Aux habitants revient notamment le devoir de ne pas transformer les caniveaux en dépotoirs. Aux autorités et services compétents revient la responsabilité d'organiser les infrastructures, les règles et les moyens nécessaires à une gestion durable. Un développement important a été annoncé le 19 août 2026. Selon l'Agence Congolaise de Presse, la mairie de Kalemie avait identifié un site dans la vallée de Kamusimi, près de Mutakuya, au quartier périphérique Mutuka, afin d'y aménager une décharge publique destinée notamment aux déchets collectés pendant les travaux communautaires. Le maire avait indiqué que des techniciens du cadastre devaient intervenir pour délimiter l'espace. Cette annonce constitue une étape dans la recherche d'une solution au problème de l'évacuation des déchets. Mais l'identification d'un terrain ne signifie pas automatiquement qu'une installation de gestion des déchets est déjà opérationnelle. Plusieurs questions restent importantes : le site a-t-il été officiellement délimité ? Une étude environnementale a-t-elle été réalisée ? Quelles installations sont prévues ? Comment les déchets y seront-ils transportés ? Quel service en assurera la gestion ? Il faudra également déterminer si le projet prévoit une simple zone de dépôt ou une installation répondant à des exigences techniques de protection des sols, des eaux et des populations environnantes. Une décharge mal aménagée peut déplacer les nuisances d'un quartier vers un autre, sans résoudre véritablement le problème environnemental. Lorsqu'on parle d'assainissement, l'attention se concentre généralement sur les déchets solides. Pourtant, les eaux usées constituent un autre enjeu majeur. Elles proviennent notamment des cuisines, des douches, des activités de lavage, des toilettes et de certaines activités économiques. Leur gestion exige des dispositifs adaptés de collecte, de confinement, de vidange et de traitement. Il faut également distinguer les eaux pluviales, qui doivent être évacuées par le drainage, des eaux usées domestiques, qui peuvent contenir des agents pathogènes et nécessitent une gestion sanitaire particulière. Lorsque des eaux usées sont rejetées dans des caniveaux destinés aux eaux de pluie, les risques de pollution augmentent. Les fosses septiques mal construites ou insuffisamment entretenues peuvent également constituer une source de contamination de l'environnement. À Kalemie, un état des lieux technique actualisé serait nécessaire pour connaître précisément les modes de gestion des eaux usées selon les quartiers. Il serait imprudent d'affirmer, sans cet inventaire, que toutes les zones de la ville présentent les mêmes difficultés. La topographie de Kalemie représente une contrainte particulière. Une partie des eaux de ruissellement descend des secteurs situés en hauteur vers les zones basses, le lac Tanganyika et la rivière Lukuga. Lorsque ces écoulements entraînent des déchets ou des matières contaminantes, ils peuvent contribuer à dégrader la qualité des milieux aquatiques. Cette situation rend indispensable une approche intégrée de l'assainissement. Il ne suffit pas de nettoyer uniquement les avenues principales si les déchets continuent de s'accumuler dans les zones d'où proviennent les eaux de ruissellement. De même, aménager des caniveaux dans une partie de la ville sans étudier les écoulements en aval peut exposer d'autres secteurs à de nouvelles difficultés. Le lac Tanganyika représente une ressource majeure pour Kalemie. Il soutient la pêche, le transport, le commerce et différents usages domestiques. La rivière Lukuga occupe également une place importante dans l'environnement urbain. Mais ces milieux aquatiques peuvent recevoir des déchets transportés par les eaux de ruissellement ou des rejets insuffisamment maîtrisés. Le problème devient particulièrement préoccupant lorsque des ménages utilisent directement des eaux de surface sans traitement approprié. Protéger le lac et la rivière ne relève donc pas uniquement de la conservation de l'environnement. C'est également une question de santé publique et de développement économique. Le lien entre assainissement, eau potable et maladies hydriques est documenté par les autorités sanitaires internationales. L'Organisation mondiale de la Santé souligne que l'insuffisance des services d'assainissement favorise notamment la transmission de maladies diarrhéiques, dont le choléra. À Kalemie, cette question a déjà pris une dimension concrète. En mai 2025, Radio Okapi rapportait que la zone de santé de Kalemie avait enregistré plus de 800 cas de choléra, dont huit décès, depuis le début de l'année, selon un responsable local des soins de santé primaires. Ce responsable associait alors la flambée à des contaminations de sources d'eau consécutives aux inondations et aux débordements de déchets provenant notamment de latrines. Ces chiffres concernent l'année 2025 et ne doivent pas être présentés comme un bilan sanitaire actuel. Ils montrent néanmoins pourquoi l'assainissement doit être traité comme une composante essentielle de la prévention sanitaire. Le problème dépasse la seule question de la propreté. Des caniveaux obstrués peuvent contribuer à la dégradation des routes lorsque les eaux ne sont plus correctement évacuées. Des eaux stagnantes ou des déchets accumulés peuvent rendre certains espaces commerciaux moins accessibles et moins attractifs. Les maladies liées à l'eau et à l'environnement entraînent des dépenses de santé et peuvent réduire le temps consacré au travail ou à l'école. Les autorités doivent ensuite mobiliser des ressources supplémentaires pour réparer des infrastructures ou répondre à des urgences qui auraient parfois pu être limitées par la prévention. Investir dans l'assainissement n'est donc pas simplement une dépense destinée à embellir la ville. C'est aussi un investissement dans la santé, la productivité et la protection des infrastructures publiques. Kalemie bénéficie de plusieurs projets de modernisation de la voirie. Ces investissements peuvent améliorer la mobilité et l'image de la ville. Mais une chaussée neuve ne constitue pas une solution durable si son environnement immédiat reste exposé à des écoulements mal maîtrisés. La conception des routes doit intégrer le drainage, l'entretien des caniveaux, les exutoires et les risques liés aux fortes pluies. La coordination entre les services chargés des routes, de l'urbanisme, de l'environnement et de l'assainissement devient ainsi indispensable. Il serait économiquement peu rationnel de moderniser une avenue sans prévoir les conditions nécessaires à sa protection dans le temps. La question des responsabilités revient régulièrement dans les débats sur l'assainissement. Certains habitants peuvent considérer que la propreté relève essentiellement de la mairie. À l'inverse, les autorités peuvent insister sur les comportements des citoyens, notamment les dépôts sauvages d'ordures. Ces deux dimensions ne doivent pas être opposées. Une gestion efficace exige une répartition claire des responsabilités. Les ménages doivent disposer de solutions réalistes pour se débarrasser de leurs déchets. Les commerçants doivent respecter les règles applicables à leurs activités. Les autorités doivent organiser les services de collecte et les installations nécessaires. Les services techniques doivent assurer le suivi des ouvrages et identifier les zones prioritaires. Enfin, les règles doivent être connues et appliquées de manière cohérente. Sans cette organisation, la salubrité dépend essentiellement de campagnes ponctuelles dont les résultats restent difficiles à maintenir. Il est nécessaire de rappeler aux habitants qu'un caniveau n'est pas une poubelle. Mais une campagne de sensibilisation atteint rapidement ses limites lorsque les ménages ne disposent pas de points de dépôt accessibles ou d'un service de collecte régulier. Une famille peut comprendre parfaitement les dangers des déchets tout en rencontrant des difficultés concrètes pour les évacuer. La modification durable des comportements suppose donc des infrastructures adaptées. De même, la mise en place d'un service de collecte ne produira pas les résultats attendus si les habitants continuent à abandonner leurs déchets sur les voies publiques. Les deux démarches doivent avancer ensemble. Les marchés produisent quotidiennement des déchets organiques et des emballages. Ces espaces concentrent également des activités alimentaires qui nécessitent des conditions d'hygiène adaptées. Une stratégie urbaine d'assainissement devrait donc examiner particulièrement les besoins des marchés : collecte régulière, points de dépôt, drainage, toilettes, accès à l'eau et nettoyage des espaces de vente. Cette approche concerne aussi les gares routières, les zones portuaires et les autres lieux de forte fréquentation. Il ne s'agit pas seulement de préserver leur apparence, mais aussi de protéger les activités économiques et les usagers. Un système durable d'assainissement nécessite des ressources. Camions, carburant, équipements de protection, outils, personnel, entretien des ouvrages, traitement des déchets et contrôle des installations représentent des dépenses régulières. Il ne suffit donc pas d'acquérir ponctuellement du matériel. Il faut prévoir les moyens nécessaires à son fonctionnement sur plusieurs années. La question du financement pourrait faire l'objet d'une réflexion publique : quelle part des budgets urbains est consacrée à l'assainissement ? Quels services sont financés ? Quels résultats sont obtenus ? Sans données budgétaires actualisées, il serait toutefois prématuré d'affirmer que les ressources allouées sont suffisantes ou insuffisantes. La résolution durable du problème suppose de passer des interventions dispersées à une stratégie coordonnée. Un tel plan devrait commencer par un diagnostic précis. Quels quartiers disposent de caniveaux fonctionnels ? Quels secteurs connaissent les plus fortes accumulations de déchets ? Où se situent les principaux points de rejet des eaux usées ? Quels ouvrages nécessitent une réhabilitation ? Quels espaces peuvent accueillir des installations de regroupement et de traitement des déchets ? Quels moyens matériels et humains sont déjà disponibles ? Ces informations permettraient d'établir des priorités à court, moyen et long terme. La différence entre une campagne et une politique publique durable réside notamment dans la continuité. Une journée de nettoyage peut améliorer rapidement l'état d'une avenue. Un service permanent doit empêcher que les mêmes déchets s'y accumulent à nouveau. La première démarche repose principalement sur la mobilisation. La seconde nécessite une organisation technique, des ressources et une évaluation régulière. Les deux peuvent être complémentaires, mais elles ne sont pas interchangeables. Une politique d'assainissement gagne également à être évaluée publiquement. La ville pourrait, par exemple, communiquer régulièrement sur les quantités de déchets collectées, les caniveaux entretenus, les équipements disponibles et l'état d'avancement des installations prévues. Ces indicateurs permettraient aux habitants de mieux comprendre les efforts réalisés et les difficultés rencontrées. Ils aideraient également les autorités à identifier les interventions qui produisent des résultats durables. La situation de Kalemie révèle finalement un enjeu commun à de nombreuses villes en développement : les infrastructures et les services urbains doivent évoluer avec les besoins de la population. Le Salongo constitue un outil de mobilisation citoyenne. L'identification d'un site destiné aux déchets représente une initiative à suivre. Les projets routiers offrent des occasions d'améliorer le drainage. Mais aucun de ces éléments ne peut, isolément, résoudre l'ensemble du problème. Il faut une chaîne complète allant de la production des déchets jusqu'à leur traitement, une gestion adaptée des eaux usées et un réseau d'évacuation des eaux pluviales correctement conçu et entretenu. La participation des habitants doit accompagner cette organisation, sans se substituer aux responsabilités des services publics. Le développement de Kalemie ne se joUne ville qui se développe, mais dont les besoins augmentent
Les caniveaux : un problème de déchets, mais aussi de conception et d'entretien
Pourquoi les déchets reviennent-ils après les opérations de nettoyage ?
Le Salongo : une mobilisation nécessaire, mais insuffisante à elle seule
Une décharge publique annoncée : où en est le projet ?
Les eaux usées : un défi moins visible que les ordures
Le relief de Kalemie complique la gestion des eaux
Le lac Tanganyika et la Lukuga doivent aussi être protégés
Le choléra rappelle les conséquences possibles d'un assainissement insuffisant
L'insalubrité représente également un coût économique
Moderniser les routes sans organiser l'assainissement serait une erreur
Qui doit réellement assurer la propreté de Kalemie ?
Pourquoi la sensibilisation ne suffit-elle pas ?
Les marchés devraient constituer des espaces prioritaires
Le financement : une question incontournable
Un véritable plan d'assainissement pour Kalemie
De la journée de nettoyage au service permanent
Les citoyens doivent pouvoir suivre les résultats
Le défi n'est pas seulement de nettoyer Kalemie, mais de la maintenir propre
Kalemie doit penser son assainissement à long terme
ANALYSE | Assainissement à Kalemie : pourquoi la ville peine-t-elle à venir à bout de l'insalubrité ?
À Kalemie, les opérations de nettoyage ne suffisent pas à résoudre durablement les problèmes d'assainissement. Caniveaux, déchets, eaux usées et gestion urbaine : analyse d'un défi qui conc...

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