GRAND DOSSIER | KALEMIE — Lorsqu'une coupure d'électricité survient à Kalemie, les premières conséquences sont visibles : les ampoules s'éteignent, les appareils cessent de fonctionner et plusieurs activités ralentissent. Mais derrière cette interruption se cache une réalité économique moins perceptible : chaque heure sans courant peut représenter des dépenses supplémentaires, une perte de production ou un manque à gagner pour les entreprises. Dans les ateliers, les commerces, les hôtels, les restaurants, les établissements de santé privés et les petites unités de transformation, l'électricité n'est pas seulement un service de confort. Elle constitue un facteur de production. Son absence peut empêcher de travailler, augmenter les charges d'exploitation et compromettre la conservation de certaines marchandises. La question mérite donc d'être posée : combien coûtent réellement les coupures d'électricité aux entreprises de Kalemie ? La question prend une dimension particulière depuis l'annonce par la Société nationale d'électricité (SNEL) de l'arrêt temporaire du principal groupe de production de la centrale hydroélectrique de Bendera. Dans un message officiel daté du 30 septembre 2026, la Division Production et Transport Bendera annonçait l'arrêt du groupe principal n° 2 à partir du samedi 3 octobre, à 06h05 TU. Cette interruption devait permettre le reconditionnement de la roue Pelton, une composante essentielle du système de production hydroélectrique. La durée prévisionnelle des travaux était fixée à dix jours, du 3 au 12 octobre 2026. La SNEL annonçait également qu'un groupe électrogène de 500 kVA installé au poste haute tension de Lukuga devait assurer l'alimentation de certains points stratégiques. Le rétablissement général de l'électricité était annoncé pour le 12 octobre, sous réserve d'imprévus. Cette interruption programmée met en évidence une question structurelle : comment une économie urbaine peut-elle fonctionner normalement lorsque son approvisionnement électrique dépend d'installations dont l'arrêt perturbe une grande partie des activités ? Il n'existe pas un coût unique applicable à l'ensemble des opérateurs économiques. Les conséquences dépendent de la nature de l'activité, de la durée de la coupure, des équipements utilisés et de la capacité de l'entreprise à disposer d'une source d'énergie alternative. Un petit commerce qui utilise principalement l'éclairage ne subit pas les mêmes pertes qu'une boulangerie, un atelier de soudure ou une entreprise exploitant des équipements frigorifiques. De même, une entreprise équipée d'un groupe électrogène peut continuer à fonctionner, mais elle doit supporter des dépenses supplémentaires. Une autre, dépourvue de solution de secours, peut être contrainte de réduire ses horaires ou de suspendre temporairement certaines prestations. Pour les entreprises qui disposent d'un groupe électrogène, le carburant constitue l'une des dépenses les plus immédiates. Le coût dépend notamment de la puissance de l'appareil, de sa consommation horaire, de la charge électrique utilisée, du prix du carburant et du nombre d'heures de fonctionnement. Prenons un exemple purement illustratif. Une petite entreprise utilisant un groupe électrogène consommant deux litres de carburant par heure pendant huit heures devra acheter seize litres pour une seule journée. Si l'on retient, uniquement pour la simulation, un prix hypothétique de 6 000 francs congolais par litre, la dépense quotidienne atteint 96 000 FC. Sur dix journées identiques, cette seule consommation représenterait 960 000 FC. Ces chiffres ne correspondent pas à une entreprise identifiée à Kalemie. Ils servent uniquement à montrer comment calculer le coût d'une alimentation électrique de secours. Le prix réel du carburant et la consommation des groupes doivent être vérifiés auprès des entreprises pour établir un bilan local. Le carburant n'est pas la seule dépense liée à l'utilisation d'un groupe électrogène. Les entreprises doivent également tenir compte des vidanges, des filtres, des pièces de rechange, des réparations et de l'usure des équipements. Un groupe utilisé occasionnellement peut devenir une source permanente de dépenses lorsqu'il fonctionne plusieurs heures par jour. Il faut également considérer le coût d'achat initial de l'appareil. Pour certaines petites entreprises, cet investissement peut représenter une charge importante. En comptabilité, une partie du coût d'acquisition doit être répartie sur la durée d'utilisation de l'équipement. Autrement dit, le véritable coût de l'électricité produite par un groupe électrogène dépasse le simple prix du carburant consommé. Une entreprise qui ne dispose pas d'une solution de secours peut être obligée d'interrompre son activité. C'est notamment le cas de certaines prestations qui dépendent directement d'appareils électriques. Un atelier de soudure ne peut pas utiliser normalement ses équipements sans alimentation adaptée. Un salon de coiffure peut perdre des clients lorsque les appareils nécessaires ne fonctionnent plus. Une imprimerie peut être incapable d'exécuter certaines commandes. Un atelier de menuiserie utilisant des machines électriques peut également voir sa production ralentir. Dans ces situations, la coupure entraîne une perte de temps productif. Mais il faut distinguer le chiffre d'affaires non réalisé du bénéfice réellement perdu. Une prestation reportée au lendemain ne constitue pas nécessairement une vente définitivement perdue. En revanche, un client qui abandonne une commande ou se tourne vers un concurrent peut entraîner un manque à gagner durable. Les entreprises qui commercialisent des produits nécessitant une conservation au froid sont particulièrement exposées. Poissons, viandes, produits laitiers, boissons et certains produits alimentaires doivent être conservés dans des conditions adaptées. Une interruption prolongée de l'alimentation électrique peut compromettre cette conservation si les équipements ne disposent pas d'une autonomie suffisante ou d'une source d'énergie de secours. À Kalemie, ville située au bord du lac Tanganyika, cette question présente un intérêt particulier pour les activités liées au poisson. La pêche, le stockage, la commercialisation et la restauration dépendent, à différents niveaux, de la disponibilité d'équipements de conservation. Lorsqu'une marchandise devient impropre à la vente, l'entreprise peut perdre non seulement sa marge bénéficiaire, mais également une partie du capital investi dans son achat. La perte réelle dépend toutefois de la durée de l'interruption, de la température, des conditions de stockage et de la nature des produits. Dans l'hôtellerie et la restauration, l'électricité intervient dans plusieurs services : éclairage, réfrigération, ventilation, climatisation, cuisine et équipements informatiques. Une coupure prolongée peut obliger un établissement à recourir à une alimentation de secours pour maintenir certaines prestations. Le coût supplémentaire peut alors être intégré aux charges générales de fonctionnement. Pour les établissements qui ne peuvent pas assurer tous leurs services, le risque est également commercial. Une baisse de qualité du service ou une interruption de certaines prestations peut affecter la satisfaction des clients. Ces conséquences ne sont pas automatiquement identiques d'un établissement à l'autre. Elles dépendent des équipements, de la clientèle et des solutions énergétiques disponibles. Les grandes entreprises disposent parfois de capacités financières leur permettant d'acheter des équipements de secours et de constituer des réserves de carburant. Les petites structures, en revanche, peuvent rencontrer davantage de difficultés pour financer ces solutions. Un jeune entrepreneur qui exploite un petit atelier peut difficilement supporter simultanément le loyer, les équipements, les salaires éventuels, les matières premières et une forte hausse des dépenses énergétiques. Une interruption électrique prolongée peut alors réduire fortement sa marge. Dans certains cas, elle peut même remettre en question la rentabilité de son activité. Cette vulnérabilité mérite toutefois d'être documentée par une enquête économique locale afin de mesurer les différences entre catégories d'entreprises. Les conséquences des coupures ne se limitent pas aux pertes enregistrées pendant les heures sans courant. L'instabilité électrique peut également influencer les décisions d'investissement. Avant d'ouvrir une unité de transformation, un investisseur doit estimer le coût de l'énergie nécessaire au fonctionnement de ses équipements. Si l'approvisionnement public est incertain, il peut être contraint d'ajouter au budget un groupe électrogène, des installations solaires, des batteries ou d'autres solutions de secours. Ces investissements supplémentaires augmentent le capital nécessaire pour démarrer une activité. Certains projets peuvent ainsi devenir moins rentables ou être reportés. Ce coût est particulièrement difficile à mesurer, car il concerne parfois des entreprises qui n'ont jamais été créées. Les dépenses énergétiques supplémentaires ne restent pas nécessairement supportées uniquement par les entreprises. Lorsqu'un commerçant, un producteur ou un prestataire voit ses charges augmenter, il peut chercher à préserver sa marge en ajustant ses tarifs. Le coût de l'électricité de secours peut ainsi se retrouver indirectement dans le prix de certains biens et services. Mais cette répercussion n'est pas automatique. Elle dépend notamment de la concurrence, du pouvoir d'achat des clients et de la capacité des entreprises à absorber les coûts. Une entreprise qui ne peut pas augmenter ses prix risque de voir sa rentabilité diminuer. Une autre qui augmente fortement ses tarifs peut perdre une partie de sa clientèle. Dans les deux cas, l'instabilité énergétique peut peser sur l'activité économique. L'économie de Kalemie ne repose plus uniquement sur les commerces traditionnels. Les cybercafés, imprimeries, studios de production audiovisuelle, services informatiques, agences de communication et autres activités numériques dépendent fortement de l'électricité. Une coupure peut interrompre le fonctionnement des ordinateurs, des équipements de montage, des imprimantes et des appareils de connexion. Elle peut également compliquer le respect des délais de livraison. Pour un prestataire dont les revenus dépendent du nombre de travaux réalisés quotidiennement, chaque interruption représente une contrainte opérationnelle. Les perturbations électriques peuvent également toucher des services essentiels dont dépend l'économie. La production et la distribution d'eau potable, par exemple, nécessitent de l'énergie pour faire fonctionner certains équipements de pompage et de traitement. Lorsque l'approvisionnement en eau est perturbé, les entreprises qui en dépendent peuvent subir une deuxième difficulté. Restaurants, hôtels, salons de coiffure, structures sanitaires et unités de transformation alimentaire peuvent ainsi être affectés simultanément par le manque d'électricité et par les difficultés d'accès à l'eau. Cette interdépendance montre que les conséquences d'une coupure peuvent se propager bien au-delà du réseau électrique. Pour établir un bilan sérieux, il faut distinguer plusieurs catégories de coûts. La première correspond aux dépenses supplémentaires directement provoquées par la coupure : carburant, location éventuelle d'un groupe, maintenance et autres frais d'exploitation. La deuxième concerne les pertes de marchandises ou les dommages matériels effectivement constatés. La troisième porte sur la marge bénéficiaire perdue lorsque des ventes ou prestations ne peuvent pas être réalisées ou récupérées ultérieurement. Enfin, il faut prendre en compte certains coûts indirects, notamment les pénalités contractuelles ou les dépenses supplémentaires liées aux retards. Pour éviter de surestimer les pertes, les calculs doivent exclure les doubles comptages et tenir compte des dépenses que l'entreprise n'a pas engagées pendant l'arrêt de son activité. Imaginons une petite entreprise qui utilise un groupe électrogène pendant huit heures par jour. Avec une consommation hypothétique de deux litres par heure et un carburant estimé, uniquement pour l'exercice, à 6 000 FC le litre, elle dépenserait 96 000 FC par jour en carburant. Sur dix jours, la dépense atteindrait 960 000 FC. À cette somme pourraient s'ajouter les frais d'entretien et d'autres coûts directement liés à l'utilisation du groupe. Si l'entreprise perd également des marchandises ou des prestations, le coût total pourrait être supérieur. Mais il serait incorrect de présenter ces 960 000 FC comme une perte réelle enregistrée à Kalemie sans avoir interrogé une entreprise et vérifié ses dépenses. Cette simulation montre simplement qu'une interruption de plusieurs jours peut rapidement représenter une charge importante pour une petite structure. C'est la question la plus difficile. Pour calculer le coût global des coupures, il faudrait connaître le nombre d'entreprises concernées, leurs secteurs d'activité, leur consommation électrique, les durées d'interruption et les moyens de secours utilisés. Il faudrait également distinguer les entreprises totalement privées de courant de celles qui bénéficient d'une alimentation partielle. Une enquête auprès des opérateurs économiques permettrait de recueillir ces informations. La Fédération des entreprises du Congo, les associations de commerçants, les organisations professionnelles et les services économiques pourraient contribuer à documenter la situation. En l'absence de telles données, annoncer que Kalemie perd plusieurs millions de dollars à chaque coupure relèverait de la spéculation. Le coût économique existe, mais son montant global reste à établir. Dans son message du 30 septembre, la SNEL avait annoncé l'alimentation de certains points stratégiques de Kalemie au moyen d'un groupe électrogène de 500 kVA installé au poste haute tension de Lukuga. Ce dispositif ne devait pas assurer l'alimentation de l'ensemble de la ville. Selon les observations de terrain précédemment rapportées par TRACE Kalemie, la mise en service du groupe le 5 octobre n'avait pas permis de répondre aux besoins de plusieurs services essentiels, tandis que certaines autorités bénéficiaient d'une alimentation électrique. Ces observations soulèvent des interrogations sur les critères de sélection des bénéficiaires et sur la priorité accordée aux services dont dépend la population. Une communication détaillée de la SNEL sur les installations effectivement alimentées permettrait de clarifier la situation. L'entretien des installations électriques constitue une nécessité technique. Une centrale hydroélectrique ne peut pas fonctionner durablement sans opérations de maintenance et de remplacement de certains équipements. La question n'est donc pas de contester le principe des travaux annoncés à Bendera. Elle concerne plutôt la capacité à limiter leurs conséquences sur la population et l'économie. Une planification adaptée, une communication anticipée et des solutions de secours suffisantes peuvent contribuer à réduire les perturbations. Le développement de capacités énergétiques complémentaires peut également limiter la dépendance à une seule installation. Cette interrogation dépasse largement la situation immédiate de Kalemie. Le Tanganyika ambitionne de développer ses infrastructures, ses activités minières, son transport et ses capacités de transformation locale. Mais l'industrialisation exige une énergie disponible, stable et économiquement accessible. Une unité de transformation agricole, un atelier industriel ou une installation frigorifique ne peut pas planifier efficacement sa production si les interruptions électriques restent difficiles à anticiper. Les grands projets économiques doivent donc être accompagnés d'une réflexion sur les capacités de production, de transport et de distribution de l'électricité. Sans cette dimension, les infrastructures routières et les investissements productifs risquent de ne pas atteindre tout leur potentiel. À Kalemie, les coupures d'électricité sont généralement abordées sous l'angle des désagréments quotidiens. Pourtant, elles méritent également d'être étudiées comme un problème économique. Combien les entreprises dépensent-elles en carburant ? Combien de commandes sont reportées ou annulées ? Quelle quantité de marchandises est perdue ? Combien d'activités doivent fermer temporairement ? Combien d'investissements supplémentaires sont nécessaires pour maintenir la production ? Répondre à ces questions permettrait de mieux mesurer le poids de l'instabilité énergétique sur l'économie locale. Les entreprises de Kalemie peuvent payer l'électricité qu'elles consomment lorsqu'elle est disponible. Mais elles supportent également, à des degrés différents, le coût de son indisponibilité. Ce coût peut prendre la forme de carburant, de maintenance, de marchandises perdues, de retards, de clients non servis ou d'investissements supplémentaires. À long terme, il peut également réduire la compétitivité des entreprises locales face à celles qui évoluent dans des environnements énergétiques plus stables. La question énergétique doit donc être considérée comme une priorité économique autant que comme un enjeu de service public. La modernisation économique du Tanganyika ne dépLa centrale de Bendera rappelle la dépendance énergétique de Kalemie
Une coupure d'électricité ne coûte pas la même chose à toutes les entreprises
Premier coût : le carburant des groupes électrogènes
Deuxième coût : l'entretien et l'usure des équipements
Troisième coût : les heures de travail perdues
Quatrième coût : les marchandises périssables
Les hôtels et restaurants face à des charges supplémentaires
Les petites entreprises sont-elles les plus vulnérables ?
Le coût invisible : les investissements qui ne se réalisent pas
Une électricité instable peut renchérir les prix
Les services numériques sont également concernés
Le problème dépasse les entreprises privées
Comment calculer les pertes d'une entreprise ?
Une simulation pour comprendre le mécanisme
Combien perd l'ensemble de l'économie de Kalemie ?
Le groupe de secours annoncé par la SNEL : une question de priorités
La maintenance est nécessaire, mais ses conséquences doivent être anticipées
Le Tanganyika peut-il industrialiser son économie avec une énergie fragile ?
Une question économique qui mérite des chiffres publics
Le véritable coût dépasse la facture d'électricité
Kalemie a besoin d'électricité pour produire, pas seulement pour s'éclairer
ANALYSE | Kalemie sans courant : combien coûtent réellement les coupures d’électricité aux entreprises ?
À Kalemie, les coupures d'électricité entraînent des dépenses supplémentaires et perturbent de nombreuses activités économiques. Analyse des coûts supportés par les entreprises et des consé...

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