KALEMIE, TANGANYIKA — Produire, conserver des marchandises, faire fonctionner un atelier, alimenter un hôpital ou distribuer de l'eau potable : toutes ces activités ont un point commun, leur dépendance à l'électricité. Dans la province du Tanganyika, et particulièrement à Kalemie, la fragilité de l'approvisionnement électrique continue pourtant de peser sur la vie économique et les services essentiels. Au centre de cette situation figure la centrale hydroélectrique de Bendera, infrastructure historique dont dépend une part essentielle de l'alimentation de Kalemie. Ses difficultés techniques et les interruptions qui en résultent soulèvent une question de fond : comment construire une économie locale durable lorsque son principal système d'approvisionnement électrique reste aussi vulnérable ? Mise en service en 1959, la centrale hydroélectrique de Bendera occupe une place centrale dans le dispositif énergétique de Kalemie. Depuis plusieurs années, son vieillissement et les difficultés rencontrées par ses équipements sont régulièrement évoqués par la Société nationale d'électricité (SNEL). En septembre 2024, un responsable de la production et du transport de l'électricité à Bendera reconnaissait publiquement la vétusté de l'installation et la récurrence des pannes, tout en assurant que des opérations de maintenance préventive et corrective étaient engagées. Le problème dépasse cependant l'ancienneté des machines. La fiabilité de l'approvisionnement dépend aussi des équipements de transport, des postes électriques et du réseau de distribution qui acheminent l'énergie jusqu'aux consommateurs. Une centrale peut produire de l'électricité sans que les abonnés bénéficient nécessairement d'une alimentation régulière si les autres maillons du système présentent des défaillances. Les événements du mois d'octobre 2026 illustrent concrètement la vulnérabilité du dispositif. La SNEL avait annoncé l'arrêt du groupe principal numéro 2 de Bendera du 3 au 12 octobre afin de procéder au reconditionnement de sa roue Pelton, une pièce importante du système de production hydroélectrique. Cette intervention devait durer dix jours, sous réserve d'éventuels imprévus techniques. Pour maintenir l'alimentation de certains points stratégiques de Kalemie, l'entreprise avait prévu l'utilisation d'un groupe électrogène de 500 kVA installé au poste haute tension de Lukuga. Mais les conséquences de l'interruption se sont étendues au-delà des seuls abonnés privés. Le 9 octobre, Radio Okapi rapportait déjà des difficultés d'approvisionnement en eau potable dans plusieurs quartiers, en lien avec le manque d'électricité. Le 20 octobre, de nouvelles informations faisaient encore état de travaux à Bendera et de perturbations touchant la REGIDESO, dans un contexte de préoccupations sanitaires liées au choléra. Ces éléments montrent que la question électrique ne peut être isolée des autres besoins fondamentaux de la population. Pour les petites et moyennes entreprises, l'irrégularité de l'électricité peut représenter une contrainte majeure. Un atelier de soudure, une menuiserie équipée de machines électriques, une boulangerie ou un service de transformation alimentaire ne peuvent fonctionner normalement sans énergie disponible. Les interruptions répétées peuvent entraîner des retards de production, des pertes de revenus et une hausse des dépenses de fonctionnement. Les commerçants qui utilisent des réfrigérateurs ou des congélateurs sont particulièrement exposés lorsque les coupures se prolongent. La conservation des viandes, poissons, produits laitiers et autres denrées périssables dépend du maintien de températures adaptées. Dans certains cas, les opérateurs économiques doivent recourir à des groupes électrogènes, avec des dépenses supplémentaires en carburant, entretien et réparation. Ces coûts peuvent ensuite peser sur les prix des produits et services proposés aux consommateurs. Pour les entrepreneurs disposant de ressources limitées, l'achat d'un système autonome de production électrique peut représenter un investissement difficile à supporter. La crise électrique d'octobre a rappelé un autre aspect essentiel : l'interdépendance entre l'électricité et la distribution d'eau. La REGIDESO utilise des équipements électriques pour assurer certaines opérations de production et de distribution d'eau potable. Lorsque l'alimentation électrique est interrompue, ces installations peuvent être affectées, avec des conséquences directes pour les ménages. Au cours du mois d'octobre 2026, des habitants de Kalemie ont été contraints de rechercher de l'eau auprès de sources alternatives, notamment le lac Tanganyika et la rivière Lukuga, selon les informations rapportées par Radio Okapi. Le recours à une eau non traitée présente des risques sanitaires, particulièrement dans un contexte de circulation de maladies diarrhéiques. Les structures de santé ont elles aussi besoin d'une alimentation fiable pour assurer l'éclairage, la conservation de certains produits médicaux et le fonctionnement d'équipements essentiels. La continuité électrique constitue donc une condition importante de la qualité des services publics. La maintenance des installations de Bendera apparaît comme l'un des principaux enjeux de la fiabilité énergétique. Une maintenance corrective intervient après l'apparition d'une panne. La maintenance préventive, quant à elle, vise à contrôler les équipements et à remplacer certaines pièces avant qu'une défaillance majeure ne survienne. Les deux approches sont nécessaires, mais la prévention permet généralement de mieux planifier les interventions et de réduire les interruptions imprévues. La difficulté est plus importante lorsque la production repose sur un nombre limité de groupes opérationnels. Dans cette situation, l'arrêt d'une seule unité peut réduire considérablement la capacité disponible. La disponibilité des pièces de rechange, la formation des techniciens, le financement des travaux et la planification des opérations deviennent alors déterminants. Pour les abonnés, une communication régulière sur la nature des pannes, la durée probable des interventions et les modalités de rétablissement représente également une attente légitime. La réhabilitation de Bendera n'est pas une question nouvelle. En février 2024, la SNEL avait présenté un projet comprenant la modernisation de la centrale, l'extension de la ligne haute tension entre Bendera et Kalemie ainsi que des travaux sur le réseau urbain. Le projet évoquait notamment l'installation d'un troisième groupe de production. À cette époque, un responsable de la SNEL avait également fait état d'un financement de 20 millions de dollars obtenu auprès du Fonds de promotion de l'industrie pour l'acquisition de cet équipement. Ces annonces montrent que les besoins d'investissement ont été identifiés depuis plusieurs années. La question essentielle demeure toutefois celle de l'état réel d'exécution des travaux, de la mise en service effective des équipements et des résultats obtenus sur la qualité de la desserte. Sans informations techniques actualisées, il serait prématuré d'affirmer que les objectifs annoncés ont été atteints. Pour évaluer les perspectives du secteur électrique au Tanganyika, plusieurs indicateurs devraient être rendus accessibles. Il s'agit notamment de la puissance installée à Bendera, de la puissance effectivement disponible, de la demande de pointe à Kalemie et de la fréquence des interruptions. La distinction entre capacité théorique et production réellement mobilisable est essentielle. Une infrastructure peut disposer d'une puissance nominale importante tout en produisant beaucoup moins lorsque certains équipements sont indisponibles. Les informations sur l'état des lignes de transport et des réseaux de distribution permettraient également de mieux identifier les investissements prioritaires. Ces données offriraient aux entreprises et aux investisseurs une meilleure visibilité sur les perspectives énergétiques de la ville. La modernisation de Bendera constitue un axe important, mais la diversification énergétique mérite également d'être étudiée. Les installations solaires photovoltaïques peuvent répondre à certains besoins, notamment pour les commerces, les établissements de santé, les écoles et les services administratifs. Associées à des batteries correctement dimensionnées, elles peuvent contribuer à maintenir des activités essentielles pendant les interruptions du réseau principal. Les mini-réseaux électriques représentent une autre possibilité pour certaines zones insuffisamment desservies. Ces solutions nécessitent cependant des études de faisabilité, des financements, des dispositifs de maintenance et une réglementation adaptée. Elles ne remplacent pas automatiquement les infrastructures hydroélectriques capables de fournir une puissance importante aux activités industrielles. L'enjeu serait plutôt de construire un système complémentaire, associant une production hydroélectrique fiable, des réseaux modernisés et des sources d'énergie décentralisées. Le Tanganyika dispose de potentialités économiques dans le commerce, les transports, l'agriculture, la transformation des produits et les services. Mais la valorisation de ces activités dépend notamment de la disponibilité d'infrastructures fiables. Une entreprise qui ne peut prévoir ses heures de fonctionnement rencontre davantage de difficultés pour organiser sa production, maîtriser ses coûts et honorer ses engagements. À l'inverse, une alimentation électrique régulière peut faciliter l'installation de nouvelles activités et améliorer les conditions de travail des entreprises existantes. La question énergétique concerne donc à la fois la SNEL, les autorités publiques, les opérateurs économiques et les partenaires susceptibles de contribuer aux investissements. Elle appelle une vision dépassant la seule réparation des pannes successives. Les difficultés récentes conduisent à plusieurs interrogations : quel est aujourd'hui l'état exact des équipements de Bendera ? Quel calendrier est retenu pour la modernisation de la centrale ? Quels investissements sont prévus sur le réseau de distribution ? Et quelles solutions peuvent garantir la continuité des services essentiels lors des interventions techniques ? La publication d'informations régulières sur ces questions permettrait aux habitants et aux entreprises de mieux comprendre les perspectives d'amélioration. Les investissements énergétiques nécessitent du temps, mais leur planification et leur suivi constituent des éléments importants de la confiance du public. Au Tanganyika, la fiabilité de l'électricité n'est plus seulement un enjeu technique. Elle conditionne le fonctionnement des entreprises, l'accès à l'eau potable, la qualité des services de santé et les possibilités de développement économique. La réhabilitation de Bendera, la modernisation du réseau et la diversification des sources d'énergie apparaissent ainsi comme des chantiers complémentaires pour réduire durablement la vulnérabilité de Kalemie. ✍️ La Rédaction | TRACE KalemieBendera, une infrastructure essentielle mais vieillissante
Octobre 2026 : une nouvelle interruption révélatrice
Quand l'absence de courant fragilise les activités économiques
L'eau potable et les services de santé également concernés
Maintenance : réparer les pannes ou prévenir les interruptions ?
Des projets de modernisation annoncés depuis plusieurs années
Un besoin de transparence sur les capacités réellement disponibles
Le solaire et les mini-réseaux comme solutions complémentaires
Faire de l'électricité une priorité de développement économique
Quelles réponses attendues pour Kalemie et le Tanganyika ?
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Au Tanganyika, la fragilité de l’approvisionnement électrique pèse sur l’activité économique. Analyse des enjeux autour de Bendera, de la SNEL et des investissements.

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